En Caire contrele le monde entire
كتبهاعلاء الأسوانى ، في 30 أبريل 2009 الساعة: 17:09 م
En Caire contre
le Inonde entire
MERCREDI 15 AVRIL 2009
lJ’aurais voulu
être égyptien
d’Alaa El Asu’anv
(Actes Sud) .
DÉBUT fracassant: dès
les premières lignes,
Issam, le narrateur, se
paie la fiole du dirigeant nationaliste
Mustapha Kamel
(1874-1908), qui proclamait:
"Sije n’étais pas né égyptien,
j’aurais voulu être égyptien. »
Reclus dans un splendide isolement,
notre héros antisocial
vOIllit, lui, son pays et ses
concitoyens, qu’il compare à
des animaux: « Un simple
larbin, l’Oilà ce que c’est qu’un
Egyptien. Je déteste les Egyptiens
et je déteste l’Egypte de
tout mon coeur. "
Il crache sur leur destin
d’humiliés: " l}histoire de
l’Egypte n’est rien d’autre
qu’une succession ininterrompue
de défaites que tous
nous ont infligées, à commencer
par les Romains et à
terminer par les Juifs. " Et de
nous décrire son père, cet
antihéros, en peintre raté qui
se réfugie dans le haschich.
Puis sa mère en malade
égoïste mue par le seul instinct
de survie, dans une
guerre à mort contre la
grand-mère octogénaire :
(… ) si vous dépassez les
quatre-vingts ans, plus personne
ne vous aime (… l. C’est
en quelque sorte comme si
vous provoquiez les autres ».
Ce héros muré dans un
pessimisme noir, qui érige la
haine de soi en interprétation
du monde, rappelle ces
anonymes bien réels qui commettent
soudain un massacre…
En attendant. il démasque
les dévots hypocrites
tel son chef de bureau cachant
la maladie du déSIr
sous le paravent de la religion.
Fasciné par l’Occident,
qui seul trouve grâce à ses
yeux (autre tabou !J, voilà
qu’il fait la rencontre d’une
belle Allemande qui illumine
enfin sa vie, mais plus dure
sera la chute.
Terrible, sans appel et sans
issue, ce court roman desespéré
sur une société corrompue
est en fait le premier
récit d’Alaa El Aswany (né en
1957), l’auteur devenu mondialement
célèbre avec « L’immeuble
Yacoubian » (Actes
Sud, 2006). Or ce premier
ouvrage a été refusé à la publication
pour " insulte à
l’Egypte" par l’Office national
du livre, puis par d’autres
éditeurs, même une fois le
succès venu: c’est dire son
intérêt et sa pertinence! Car
il ose poser la question incongrue
« Comment peut-on
haïr l’Egypte? » à la manière
de Montesquieu demandant
« Comment peut-on être persan?
».
Dans une préface éclairante,
El Aswany, romancierdentiste
qui observe la société
de son cabinet, rappelle que
l’illusion romanesque ne reflète
en rien ses opinions personnelles.
Et il compare les
autorités de son pays confondant
points de vue de l’auteur
et du personnage aux
premiers spectateurs du cinéma
croyant que la locomotive
sur l’écran leur fonçait
dessus …
Cette virtuosité dans le
réalisme social critique, El
Aswany en fait aussi la démonstration
dans une dizaine
de nouvelles plus
courtes qui complètent avec
bonheur ce recueil: autant
d’histoires exemplaires, qui
peuvent rappeler les ,. Récits
de notre quartier» de Naguib
Mahfouz, illustre prédécesseur
égyptien et premier Pli.X
Nobel de lan~e arabe.
DaVid Fontaine
• Traduit de l’arabe OEgypte)
et annote pal’ Gilles Gauthipl‘,
201 p.. 19.50 €
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